IL ETAIT UNE FOIS... LA SPIRULINE

Chronologie de la terre et de la vie © Hominidés.com

 

La spiruline fait partie de la famille des cyanobactéries apparues il y a 3,5 voir 3,7 milliards d'années. Reconnues comme les premiers êtres vivants de la planète a réaliser la photosynthèse, elles sont à l'origine de la vie animale et végétale sur terre, par leur production d'oxygène.     En savoir plus sur les cyanobactéries.

 

N.B. : Les cyanobactéries, sans coquille ou squelette, ont une fossilisation quasi impossible. Par contre, elle produisent une substance calcaire qui se minéralise en formant une roche appelée stromatolite. Ce sont ces stromatolites qui remontent à 3,5 milliards d'années et prouvent l'existence des cyanobactéries.  En savoir plus sur les stromatolites.

Stromatolite - Mauritanie, © Cyril & Sylvie.

 

Très rares fossiles de cyanobactéries observés au

microscope dans une lame de stromatolite, © XDR.

 

Aujourd'hui la spiruline pousse naturellement sur la planète, dans les lacs alcalins (pH 8 à 11) et saumâtres de la ceinture tropicale (cf. plus bas "La spiruline sauvage sur la planète").

La microalgue se développe dans une eau entre 20° et 40°. Au delà elle meurt rapidement et en deçà elle reste en dormance. Un léger gel de -5° ne lui fait pas peur...

Spiruline prise dans la glace, © Cyril & Sylvie.

 

 

A QUOI RESSEMBLE-T-ELLE ?

Spirulines vue au microscope, grossissement 125 fois © Cyril & Sylvie.

 

Concrètement, la spiruline est un filament constitué de nombreuses cellules alignées (appelé à tort microalgue) d'environ 300 micromètres (0,3 mm) de forme spiralée, à mi-chemin entre le végétal et l'animal.

Ce n'est pourtant ni un végétal, ni une algue, car elle est procaryote (sans noyau) et que les végétaux sont eucaryotes (avec un noyau). Mais, elle réalise la photosynthèse comme les végétaux et contient par conséquent le pigment chlorophyllien. Cependant à l'inverse des plantes, la spiruline a le pouvoir de se mouvoir dans son milieu aquatique en avançant de 2 cm à l'heure, en tournant sur elle-même pour se protéger du soleil, et en se laissant couler puis remonter en surface, suivant la luminosité grâce à ses vésicules gazeuses dégonflables.           En savoir plus sur les procaryotes.

 

Gros plan sur un "ressort" de spiruline :

Source : "Spirulina platensis" de Avigad Vonshak © XDR.

 

 

Gros plan sur un filament de spiruline :

Spiruline x27000 © G. Guglielmi.

1 Gaine mucilagineuse entourant le filament, riche en caroténoïdes,       2 Paroi de chaque cellule,                                                                       3 Thylacoïdes, siège de la photosynthèse.

 


PROPRIÉTÉS NUTRITIVES ET ACTIVES DE LA SPIRULINE

© XDR

"Que votre nourriture soit votre médecine et votre médecine soit votre nourriture". Voilà une citation anonyme mais ô combien réaliste (Non, elle n'a jamais été écrite dans le Corpus Hyppocraticum).

"Couplé à du poisson gras, la spiruline est l'aliment le plus complet de la planète après le lait maternel" (Dr Jean Dupire, "La spiruline un super aliment" Ed. Guy Trédaniel).

"Aucun autre aliment que la spiruline ne réunit autant de nutriments essentiels à l’Homme" (Dr Bernard Schmitt, nutritioniste, endoctrinologue, diabétologue et directeur du CERNH, Centre d'enseignement et de recherche en nutrition humaine).

La microalgue est si riche de nombreux nutriments et substances naturelles actives, que beaucoup la classent dans les alicaments (elle fait partie de la pharmacopée chinoise et dans les hôpitaux russes est utilisée comme aliment thérapeutique depuis les tests positifs effectués sur les enfants irradiés de Tchernobyl).

Les sportifs de tous niveaux l'ont définitivement adopté, pour sa capacité à augmenter la VO2 max, à prolonger l'effort, à accélérer la récupération et aussi pour son effet sur les acides lactiques. En savoir plus sur les effets de la spiruline dans la pratique du sport ici, et dans la thèse d'Audrey Manet page 52-54.

 

Il est vrai que l'épinard n'est pas la source de fer la plus riche. Le champion du monde pour les "carnivores" est le boudin noir avec presque 23 mg / 100 g. Pour les végétariens c'est le meloukhia en poudre avec 87 mg, puis le thym avec en moyenne 82 mg. Tous étant néanmoins inférieurs à la spiruline, indétrônable.

 

 

 

LES PROTÉINES

Les protéines sont indispensables à la vie et sont la seule source d'azote de notre organisme. Constituées de plusieurs acides aminés, 8 d'entre eux sont dit essentiels car le corps ne sais pas les fabriquer. Ils doivent par conséquent être apporté par l'alimentation.

Les protéines servent à construire et renouveler la peau, les cheveux, les ongles, les os et les muscles. Elles permettent de se défendre contre les virus, les bactéries et sont nécessaires à de nombreuses fonctions biologiques. Le manque de protéines se traduit entre autre par une grande fatigue, des problèmes de concentration et la diminution des défenses immunitaires.

La spiruline est l'aliment le plus riche de la planète en protéines avec 65 % de son poids sec, dont 40 % utilisables (un filet de bœuf en contient 20 % dont 15 % utilisables). Mais surtout les protéines de la spiruline contiennent les 8 acides aminés essentiels et 10 des 12 acides aminés non essentiels. Procaryote (sans noyaux) et sa membrane ne contenant pas de cellulose, sa digestion est presque immédiate, sans déchet et sans effort pour l'organisme.

Faisons un parallèle entre l'apport en protéines réellement utilisables (par le processus de biosynthèse des protéines dans les cellules de l'organisme), pour 10 g de spiruline et pour un filet de bœuf de 100 g.

10 g de spiruline > 6,5 g de protéines (65 %) > 2,6 g utilisables (40 %) 100 g de bœuf > 20 g de protéines (20 %) > 3 g utilisables (15 %).

10 g de spiruline apportent donc presque autant de protéines utilisables qu'un steak de bœuf de 100 g !

 

 

La Superoxyde Dismutase (S.O.D.), est une enzyme métalloproteine qui est passée maître dans l'élimination des radicaux libres (impliqués dans de nombreuses pathologies cardiaques, neurodégénératives mais aussi dans les cancers et le veillissement de la peau).

Antioxydant puissant la S.O.D. est présente en grande quantité dans la spiruline. Mais tous ne s'accordent pas à dire qu'elle est assimilable par voie orale dans le tube digestif, par manque d'études. Par conséquent nous restons prudent sur son efficacité en attendant une avancée scientifique dans le domaine. La spiruline n'est de toute façon pas en reste en ce qui concerne les antioxydants.

 

 

LES GLUCIDES

Les glucides représentent 15 à 20% du poids sec de la spiruline. Communément appelés sucres, ils sont une source essentielle d'énergie pour l'organisme. Les glucides sont apportés via l'alimentation grâce à la destruction des aliments en nutriments par les enzymes digestives et absorbés au niveau intestinal. Ils peuvent être utilisés directement par l'organisme ou stockés sous forme de glycogène dans les muscles et le foie pour constituer des réserves rapidement mobilisables.

 

Parmi les glucides de la spiruline se trouve également des polysaccharides sulfatés (spirulane-calcique et spirulane-sodique), qui offriraient des propriétés anticoagulantes, immunostimulantes et antivirales.

Sur le plan nutritionnel le méso-inositol est une bonne source de phosphore organique, présente en quantité intéressante. Une mention particulière pour l'inositol, dont le taux est huit fois supérieurs à ceux de la viande de bœuf et plusieurs centaines de fois à ceux des végétaux qui en sont les plus riches.

L'inositol joue un rôle de "messager secondaire", qui permet la transduction d'un signal provenant de l'extérieur d'une cellule, vers l'intérieur ou la surface de celle-ci. Le messager secondaire entraine une cascade de réactions, amplifiant le signal et débouchant sur une réponse cellulaire.

 

 

LES LIPIDES

Les lipides représentent 6 à 13% du poids sec de la spiruline. Ce sont des molécules composées d'acides gras et constituent la matière grasse organique. Les lipides jouent un rôle dans la stabilisation de la température corporelle par isolation thermique, dans la production énergétique, dans la mise en réserve de cette énergie, dans la constitution des membranes cellulaires et dans l'apport nutritif.

La présence d’acide gamma linolénique est à souligner du fait de sa rareté dans l'alimentation courante. Elle représente 4% du poids sec de la spiruline et constitue une des meilleures sources d’acide gamma-linolénique après le lait maternel et certaines huiles végétales (onagre, bourrache, pépin de cassis et chanvre).

 

 

LES VITAMINES

La microalgue contient toutes les vitamines principales. Mention spéciale pour la provitamine A (issue du Bêta-carotène), la vitamine B12 (cobalamine) et la vitamine K, présentes en grande quantité.

 

La vitamine B12 (cobalamine) : 10 g de spiruline contiennent environ 30 µg de vitamine B12 (cobalamine), soit 500% des AJR. Dans le tableau ci-dessus nous ne mentionnons que la part en méthylcobalamine (une de ses deux formes actives avec l'adénosylcobalamine). Longuement étudiée dès 1991, la vitamine B12 de la spiruline a été plus ou moins controversée par diverses études scientifiques. En 2010 le rapport de Kumudha et de son équipe de chercheurs* conclu que la spiruline contient bien de la vitamine B12 sous sa forme active (la méthylcobalamine), et que 5 g de spiruline apportent 1,86 µg de méthylcobalamine soit 74,4% des AJR.

En savoir plus sur la vitamine B12.

 

La vitamine D :  Elle est bien présente dans la spiruline, mais très peu de documents mentionnent son taux. Le chiffre ci-dessus provient de deux études** uniquement, et donc il est à prendre avec précaution.

En savoir plus sur la vitamine D.

 

* Kumudha A. & al. : Purification, and Characterization of Methylcobalamin from Spirulina platensis. J Agric Food Chem Aug 2010.

** Australian government, Department of Health and Ageing "Therapeutic. Compositional guideline, Arthrospira platensis".

** Babadzhanov A.S., Abdusamatova N., Yusupova F.M., Faizullaeva N., Mezhlumyan L.G. and Malikova M.Kh. "Chemical composition of Spirulina platensis cultivated in Uzbekistan". Chemistry of Natural Compounds. 2004 ; p. 276-279.

 

 

LES MINÉRAUX

Les minéraux ne sont pas en reste puisque la spiruline contient du calcium, du magnésium, du fer, du phosphore, du manganèse, du cuivre, du zinc, du potassium... Là aussi une mention particulière pour le fer présent en grande quantité.

 

Fer : Dans le tableau ci-dessus les 18 mg de fer correspondent au taux maximum constaté. La moyenne se situe à 10 mg soit 55% des AJR. Cette teneur varie en fonction de la quantité de fer apporté par le producteur dans ses bassins de culture.

Le fer est un composant essentiel (d'autant plus pour les sportifs) car il porte l'oxygène des poumons vers les tissus et les muscles. L'anémie amène une diminution du fer et donc de globules rouges dans le sang. Moins de globules rouges cela veut dire moins d'oxygène dans le corps, ce qui entraine fatigue, déprime, coup de blues et un danger pour le cœur et le cerveau. Prendre du fer est donc indispensable, mais il faut aussi l'aider à se fixer dans l'organisme. La vitamine B12 est essentielle pour cela et la spiruline en contient. Mais il est bon de la compléter par d'autres fixateurs, comme les aliments riches en vitamine C (cf. tableau à l'onglet "Comment La Prendre").

Il est à noter qu'une forte concentration de thé, de café ou de chocolat dans le corps diminue proportionnellement la fixation de fer.

En savoir plus sur les femmes et le fer.

 

 

PHYCOCYANINE, LE PIGMENT SANTÉ

Acide désoxyribonucléique, © XDR.

 

Les pigments permettent la transformation du spectre lumineux provenant du rayonnement solaire, en matière organique via la photosynthèse. Il en existe trois principaux.

Le pigment le plus connu est la chlorophylle (vert), commun à tous les végétaux. Elle a de nombreux effets scientifiquement prouvés sur l'organisme comme l'oxygénation, la désintoxication et le maintien de l'équilibre acido-basique. La spiruline contient entre autres la plus importante des chlorophylles, la chlorophylle a, qui se trouve dans 75% des végétaux.

On remarque sur les schémas ci-dessus que la courbe d'absorption de la phycocyanine est la plus mimétique de la courbe spectrale du rayonnement solaire. Associée à la phycoérythrine, ces deux pigments augmentent considérablement le taux d'absorption du spectre lumineux par la spiruline. C'est une des raisons pour lesquelles la micoalgue se reproduit si rapidement (+20% / jour).

 

Les caroténoïdes (oranges) sont le deuxième groupe de pigments contenus dans la microalgue, avec les carotènes dont le ß-carotène et les xanthophylles. Ils sont connus pour être de puissants antioxydants, protéger les cellules exposées à la lumière et améliorer la communication intercellulaire qui ralentirait le développement des tumeurs cancéreuses.

 

Enfin les phycobiliprotéines dont la phycocyanine (bleue), uniquement présente chez les cyanobactéries et la phycoérythrine (rouge). Au moment de leur apparition sur terre il y a 3,7 milliards d'années, l'atmosphère était très sombre et la chlorophylle n'était pas suffisante à une bonne absorption du spectre solaire. Les cyanobactéries ont alors développé ces pigments hétéroprotéines (la phycocyanine et la phycoérythrine*), absorbant des longueurs d'ondes différentes.

Phycocyanine et sa fluorescence © Cyril & Sylvie.

Quelques brindilles de spiruline diluées colorent l'eau de ce verre en bleu grâce à la phycocyanine. En mettant le verre au soleil le bleu tourne momentanément au rouge violet par fluorescence (émission lumineuse provoquée par l'excitation des électrons d'une molécule (ou atome), généralement par absorption d'un photon immédiatement suivie d'une émission spontanée).

* Le pigment de phycoérythrine est peu connu. Les rares études qui lui sont consacrées ont néanmoins démontré qu'il pouvait être mis à profit dans la prévention ou le traitement de maladies dégénératives comme certaines formes de cancer, les maladies cardiovasculaires ou ophtalmiques. Il aiderait également à lutter contre les infections et le vieillissement (CEVA, Centre d'étude et de valorisation des algues).

 

 

La spiruline séchée est de couleur vert sombre car le pigment de la chlorophylle domine. Par contre, exposé au soleil, ce pigment disparait pour laisser place à celui de la phycocyanine d'un superbe bleu cyan.

Brindilles de spirulines ayant été exposées à la lumière © Cyril & Sylvie.

 

La spiruline contient 10 à 20 % de phycocyanine, un trésor inestimable pour la santé. Ce qui suit est emprunté au livre "Spiruline, l'algue bleue de santé et de prévention", du Docteur Jean-Louis Vidalo, paru aux éditions du Dauphin en 2015, et s'appuie sur des études scientifiques, dont les 526 références sont en annexe de son livre.

Nous n'avons pas eu le temps de chercher ces 526 études et ne pouvons par conséquent donner un avis objectif, néanmoins cela mérite d'être cité. A chacun d'aller rechercher les documents annexes étayant les écrits du Docteur Vidalo et de se faire sa propre idée.

"La phycocyanine renforce nos défenses immunitaires par la production de globules rouges, blancs, de plaquettes et de cellules souches. Elle stoppe l'évolution de la leucémie, inhibe de nombreux virus comme la grippe, les oreillons ou la rougeole, ainsi que certaines cellules cancéreuses. Elle inhibe également la réplication du VIH dans les lymphocytes T et dans les cellules sanguines. C'est l'antioxydant le plus puissant connu à ce jour pour lutter contre le vieillissement et les pathologies dégénératives. Elle est détoxifiante, protège le foie, diminue l'hépatotoxicité des chimiothérapies, les effets des radiations, améliore la digestion des lipides et a des propriétés anti-inflammatoires et anti-allergiques. Enfin, la phycocyanine évacue et régule le cholestérol en agissant sur les dépôts graisseux internes des artères, diminuant considérablement les risques de maladies cardio-vasculaires, AVC et infarctus du myocarde".

N.B. : Grâce à son atome de fer, la structure biochimique de la phycocyanine est très proche de celle de l'hémoglobine. Grâce à son atome de magnésium (propre à la chlorophylle) on l'appel également "sang vert". On considère donc qu'elle est aussi bien à l'origine du monde animal que du monde végétal.

 

 

ORIGINE ALIMENTAIRE CONNUE

Peinture rupestre - Botswana © Cyril & Sylvie.

 

La préhistoire : selon l'étude de Carole A. Lembi et J. Robert Waaland, l'homme de Néandertal consommait déjà de la spiruline. Cf. "Algae and Human Affairs" - Cambridge University Press, 1989 - 600 p.

 

IXème siecle : Selon les découvertes archéologiques, les Mayas du Yucatan avaient franchit un pas significatif en pratiquant la culture de la spiruline. Il s'agit de la première exploitation.

Temple maya et gravure sur le sarcophage du roi K'Inich Janaab' Pakal 1er © XDR

 

IXème siècle : au VIIème siècle, les Zaghâwa fondèrent le royaume du Kanem sur les rives du lac Tchad, où est encore exploitée de nos jours une spiruline à l'état naturel par les femmes kanembou. Il s'agit du premier peuple mentionné dans les écrits*, dès le IXème siècle, pour sa récolte et sa consommation de spiruline.

* "Histoire du Monde, Ta'rikh ibn Wadih" de l'historien arabe Al Ya'qûbî.

Récolte actuelle de la spiruline "sauvage"du lac Tchad  © Marzio Marzot.

 

Récolte de la spiruline au lac Boudou Andja et galettes de spiruline au marché © Marzio Marzot.

 

1521 : Bernarl Diaz del Castillo, de l'expédition Cortés fait état de la récolte de spiruline naturelle par les Aztèques dans le lac de Texcoco, qui a laissé place aujourd'hui a Mexico.

Pour l'anecdote, Moctézuma II (1466-1520), amateur de poisson frais, envoyait des coureurs depuis son palais de Tenochtitlan, jusqu'au Golfe du Mexique pour en chercher. Une course de 600 km et de 6000 m de dénivelé négatif / positif. Les coureurs de poissons emportaient ces fameuses galettes de spiruline pour tenir l'effort.

Tenochtitlan, capitale des Aztèques en 1325 sur le lac Texcoco © XDR.

Récolte de la spiruline dans le lac de Texcoco © Peter T. Furst (dessiné en 1978).

Spiruline fraîche et galettes de spiruline séchées, représentées dans le Codex de florence 1577   © Bernardino de Sahagun et des tlacuiloque (scribes peintres nahuas).

 

 

HISTORIQUE DE SA REDÉCOUVERTE

© XDR

1827 : Membre de l'académie des sciences Pierre Jean Francois Turpin est aussi l'un des plus grands illustrateurs botanistes de son époque. Il est le premier à isoler la spiruline et à observer sa division cellulaire.

1844 : Veit Brecher Wittrock directeur du jardin botaniste de Stockolm, et Carl Frederik Otto Nordsted, botaniste et docteur en phylosophie, notent sa présence près de Montévidéo (Uruguay) et en font une première description sous le nom de Spirulina jenneri platensis Nordsted.

1852 : Ernst Stizenberger, physicien et lichénologue allemand, était également médecin à Constance et rédacteur en chef de l'exsiccatae Die Characeen Europas. Il publie de nombreux livres et articles, entre autre un rapport taxonomique sur la spiruline, et lui donne pour la première fois le nom d'Arthrospira.

1931 : Lors de l'expédition Cambridge, Miss Florence Rich redécouvre l'algue dans les lacs de la Rift Valley (Afrique) et écrit plusieurs notes (1931, Notes on Arthrospira platensis ; 1932, Phytoplankton from the Rift Valley lakes in Kenya - Reports on the Percy Sladen expedition to some Rift Valley lakes in 1929 ; 1933 Scientific results of the Cambridge Expedition to the East African Lakes 1930-1-7 the algae).

1939 : Pharmacien des troupes coloniales à N'Djaména durant 3 ans, Paul Creac'h met à profit son temps libre pour parcourir le sahel tchadien, à cheval, en chameau, à pieds ou en camion. Il découvre ainsi la spiruline du lac Tchad et les femmes kanembou qui la récoltent pour la vendre sur les marchés locaux. Il envoie un échantillon au phycologue Pierre Dangeard, qui reconnaît la petite algue et rédige un rapport dans les Procès-Verbaux de la Société linnéenne de Bordeaux. Paul Creac'h de son côté en fait la description dans une partie de sa Thèse de doctorat en pharmacie "Aliment et alimentation des indigènes du Moyen-Tchad", qu'il soutient avec succès en 1941, obtenant un prix du ministère des colonies.

1957 : En tournage au Kanem sur les invasions acridiennes, Max-Yves Brandily, anthropologue et cinéaste, remarque le dépôt bleu-vert d'une algue sur les rives du lac Tchad et les femmes qui la récoltent. En 1959, de retour au Tchad, il tourne des séquences sur cette récolte, "Terres sans Chemins", puis écrit un article dans Sciences et Avenir "Depuis des lustres une tribu primitive du Tchad exploite la nourriture de l'an 2000". En 1963 Max-Yves Brandily tourne un second reportage sur la récolte de la spiruline au lac Tchad, qu'il annonce dans l'émission de Pierre Sabbagh.

1964 : Jean Léonard, botaniste de la première expédition transsaharienne Est-Ouest (9027 km de désert), découvre le jour de Noël une algue sur les rives d'un des lacs d'Ounianga el Kébir au Tchad. A son retour il fait analyser l'échantillon par l'algologue Pierre Compère, qui détermine l'espèce spirulina platensis et confirment les observations du phycologue Pierre Dangeard. Un autre de ses collègues, le chimiste Jean Kufferath en fait une analyse nutritionnelle complète qui révèlera sa richesse inégalée en protéines et acides aminés. Pour l'anecdote, Jean Léonard laisse l'expédition à Suez et part seul pour rentrer rapidement en France avec ses échantillons. Mais il est arrêté à l'aéroport du Caire et accusé d'espionnage 15 jours durant avant de pouvoir rentrer.

1966 : Le tout premier bassin de culture de spiruline (100 m2) est lancé à Antibes au Centre de Recherche Agronomique de Provence. Il accueillera les scientifiques de l'Institut Français du Pétrole.

1970 : Ripley Fox, microbiologiste américain, est le premier à tenter la culture humanitaire de la spiruline. Après des résultats positifs, il parcourra le monde pour mettre en place des bassins de culture dans les pays où sévit la malnutrition.

1976 : Hubert Durant-Chastel met en place au Mexique avec la société Sosa Texcoco la première exploitation industrielle de spiruline, un peu par hasard. En effet, exploitant à l'origine le carbonate et le bicarbonate de sodium, il fut ralentit par des problèmes d'algues. Il apprit qu'il s'agissait de spiruline et décida de l'exploiter.

1997 : première exploitation industrielle en Europe, installée à Malaga dans le sud de l'Espagne.

2002 : Claude Villard initie au CFPPA de Hyères la seule formation (mondiale) dédiée à la culture de la spiruiline. La mise en place des moyens de production pour les futurs stagiaires terminée, la première cession démarre en 2004. Claude Villard enseignera ici avec Jean-Paul Jourdan et Ripley Fox.

 

Par la suite, de nombreuses petites exploitations artisanales se sont développées à travers le monde, principalement dans les pays en voie de développement, pour lutter contre la malnutrition.

La Fédération des Spiruliniers de France (F.S.F) regroupe 95 producteurs en 2017. Si on compte ceux en cours d'installation et ceux qui ne sont pas adhérents à la F.S.F,  il y aurait environs 200 fermes de spiruline sur le territoire français.

 

N.B. : la thèse de Claude Zarrouk réalisée en 1966 reste toujours une référence pour toutes les personnes qui s'intéressent à la spiruline dans un but éducatif ou de production "Contribution à l'étude d'une cyanophycée ; Influence de divers facteurs physiques et chimiques sur la croissance et la photosynthèse de Spirulina maxima (Stech et Gardner) Geitler" (cf notre page bibliographie).

"Cultivez votre spiruline" de Jean-Paul Jourdan (1998), est aujourd'hui introuvable , mais l'auteur l'a rendu accessible au format pdf, avec des mises à jours régulières. C'est un peu la "bible" de tous les producteurs.

 


 LA SPIRULINE "SAUVAGE" SUR LA PLANÈTE

Lac Turkana, Kenya (l'oiseau donne l'échelle) © Yann Arthus Bertrand.

 

La spiruline pousse naturellement dans de nombreux lacs à travers le monde et a été répertoriée dans une trentaine de pays (17 en Afrique ; 6 en Asie ; 10 aux Amériques ; 2 en Europe).

Pour l'anecdote, deux sites ont été découverts en France, l'un en Corse en 2010, par Philippe Stéfanini, un scientifique du pays. Il s'agit d'un petit étang de 20 m2 du désert des Agriates situé dans la ceinture marécageuse entre la plage de Saleccia et du Loto. L'autre en Camargue en 1994 par Gilles Planchon et 2011 par Claudie Pelherbe.

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